La manufacture d'indiennes de Munster

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Le texte ci-dessous est tiré du site internet du "Cercle généalogique de Munster"

http://geneamunster.fr/La-manufacture-d-indiennes-de.html

La manufacture d’indiennes de Munster

Les étoffes dites indiennes

Dès la fin du 16e siècle, des navigateurs portugais et espagnols importent d’Extrême Orient des tissus de coton aux coloris vifs qui ont un succès immédiat. Ils sont décorés de motifs de fleurs, de feuillages ou de scènes « exotiques ».

En France, c’est Marseille qui diffuse des étoffes provenant de la Perse et de l’Inde. La vogue de ces tissus a pu se développer grâce à la Compagnie des Indes Orientales fondée en 1664. La haute bourgeoisie achète très cher des toiles peintes « indiennes » pour s’habiller et se meubler. Molière se moque de cette mode dans le Bourgeois gentilhomme mais Madame de Sévigné en parle avec enthousiasme dans ses lettres à sa fille.

À l’origine, une industrie protestante

La première manufacture française est créée à Marseille en 1648, pour concurrencer les importations. Ailleurs dans le royaume, ce sont les protestants, exclus de nombreux métiers et de toutes les professions libérales, qui développent cette nouvelle industrie.

Au début, la qualité des impressions françaises et européennes n’atteint pas le niveau des toiles orientales, elle provoque néanmoins une crise de l’industrie de la laine et de la soie.

La révocation de l’Édit de Nantes en 1685 fait partir de France les industriels huguenots qui emportent leur savoir-faire à l’étranger. En 1686, pour relancer la production des toiles de laine et de soie, Louis XIV prend un arrêt de prohibition visant « les toiles peintes aux Indes ou contrefaites dans le Royaume ».

La conséquence en est une contrebande forcenée – l’attrait du fruit défendu – qui donne aux imprimeurs de Mulhouse, qui faisait encore partie de la Confédération helvétique, un débouché tout trouvé pour leurs premières indiennes.

La prohibition sur les toiles peintes n’est levée qu’en 1759, après plus de soixante-dix ans, par Louis XV sous l’influence de la marquise de Pompadour. La mesure suscite un essor de cette industrie dans toutes les vallées vosgiennes car il s’y trouve un important potentiel en main-d’œuvre. La plupart de ces manufactures sont parties de Mulhouse (alors ville helvétique) où, dès 1746, Jean Jacques Schmaltzer avait implanté cette activité.

À Munster, Gottfried Buchmann, né à Halle en Saxe, puis établi à Mulhouse, crée la pemière impression de toiles de coton en 1771. Le 10 mai, il obtient le droit de bourgeoisie mais dès le 2 juillet, il retourne à Mulhouse avec sa famille.

En 1776, c’est Jean Jacques Schmaltzer, père de l’industrie mulhousienne, qui s’établit à Munster. Il met à la tête de son entreprise le munstérien Jean Herbster qui avait été son secrétaire à Mulhouse.

Le Graben, premier site munstérien

Herbster achète en 1778 une propriété sur le Graben ( les actuelles rues de la Fecht et André Lamey ), y installe une impression et une calandre, machine servant à glacer et lustrer les tissus.

En 1783, Schmaltzer vend l’entreprise à Johann Wolff de Landau, qui la cède deux mois plus tard à Jean Henri Riegé, autrefois coloriste chez Schule à Augsburg et actionnaire de Haussmann à Logelbach près Colmar. Le 19 septembre 1783, Riegé signe un partenariat avec un coloriste colmarien : André Hartmann , qui devient propriétaire d’un tiers de la fabrique.

L’entreprise s’agrandit rapidement : un nouveau bâtiment est érigé à l’emplacement d’une tannerie, l’acquisition et la démolition d’autres immeubles permettent de nouvelles extensions.

La pollution de la Fecht par les colorants et l’eau chaude de l’imprimerie provoque les protestations de la ville. Les maîtres des corporations exigent une inspection des installations. Riegé fait part de son intention de déplacer son usine au-delà du cours d’eau et de déverser ses effluents dans des bassins de décantation avant de les rejeter dans la Fecht. Il prétend qu’il n’y a aucun danger ni pour les poissons ni pour le bétail.

Les étoffes ne sont pas encore tissées à Munster mais, dès 1788, on mentionne un certain Jean Georges Graf comme responsable de la filature et du tissage. Ces activités s’exercent encore essentiellement à domicile et non dans des bâtiments industriels

Hartmann propriétaire unique

Riegé meurt le 10 avril 1789. Le 3 octobre, sa veuve cède la part de son défunt mari à André Hartmann qui devient le seul propriétaire de l’entreprise. Celle-ci s’agrandit régulièrement : en 1789, elle emploie 400 ouvriers ; en 1798 : 500, dont 120 femmes et 120 enfants.

En 1796, après avoir travaillé pour Pourtalès et Cie, de Neuchâtel en Suisse, André Hartmann s’associe à Sœhnée ; la perfection de ses produits le place au niveau des fabricants étrangers. Depuis la loi sur le service militaire, on occupe les femmes à la peinture des toiles – on les appelle les pinceauteuses – : leur travail surpasse en qualité celui des hommes pour un salaire cependant inférieur. Plus tard, ce sont des cadres en bois évidés ou garnis de lamelles de métal, qui servent à l’impression des dessins : impressions « à la planche ».

En l’an XIII (1804), 980 ouvriers travaillent sur 260 tables d’impression. « Les produits rivalisent pour le goût, le dessin et le fini avec les anglais et les surpassent de beaucoup quant à la beauté et à la solidité des couleurs. »

Cent trente-deux ans de règne Hartmann

En 1818, le contrat avec Sœhnée étant échu, André Hartmann crée avec ses fils Frédéric et Henry les Manufacture Hartmann et Fils.

En 1826, 1400 ouvriers travaillent dans l’indiennage à Munster. Cette production est pourtant définitivement arrêtée en 1857.

Les Hartmann se succèdent sans interruption jusqu’au milieu du 20e siècle : le dernier du nom, André, né le 29 mai 1885, s’éteint sans héritier le 15 juillet 1950.

Sources

1) « Die Arbeiter der Münsterer Indiennefabrik im Jahre 1786 », Jean Matter dans l’Annuaire de la Société d’Histoire du Val et de la Ville de Munster, 1934.

2) « Si Hartmann m’était conté » Gérard Leser, Gérard Jacquat, publication 1995 de la Société d’Histoire du Val et de la Ville de Munster.

3) Archives municipales de Munster : merci à Mlle A. Méchin, archiviste, pour la mise à disposition des catalogues d’échantillons provenant des Manufactures Hartmann et Fils.